

Au diable le pragmatisme ! Empruntant aussi bien à Magritte qu’à André Breton ou David Lynch, l’univers de la décoration ouvre grand la porte au surréalisme pour faire de la maison un vrai terrain de jeu.
« Le surréalisme est la surprise magique de trouver un lion dans un placard, là où l’on était sûr de trouver des chemises », disait l’artiste Frida Kahlo. Loin de nous l’idée d’inviter les fauves à rugir dans votre appartement, mais cette citation résume l’idée de décalage prônée par ce mouvement artistique qui a récemment fêté ses 100 ans.
Des jeux d’échelle au mobilier fantasmagorique, en passant par la théâtralisation de l’espace et le goût pour les palettes excentriques, le surréalisme trouve toute sa place à la maison et inspire bon nombre de designers et d’architectes contemporains. Focus sur différentes manières d’insuffler un brin de folie à votre intérieur.
La consécration du « beau bizarre »
En matière de mode comme de décoration, la bizarrerie a la cote. L’univers du merveilleux donne alors matière à s’inspirer, tandis que le mobilier peut tantôt évoquer des créatures fantastiques ou susciter la curiosité.
Cela peut par exemple se traduire par une baignoire rétro à pied de lion, une table tripode, un fauteuil sculptural, un luminaire en forme de nuage ou encore un tapis à damier, dont les lignes décalées semblent ouvrir un portail…
Pour référence, on songe aussi au fameux canapé lèvres, imaginé par Salvador Dalí, figure maîtresse du mouvement. Sans aller jusqu’à cet effet muséal, il est également possible d’opter pour des meubles trompe-l’œil qui, prétendant être autre chose que ce qu’ils sont, se dotent alors d’une portée symbolique.
Cela a d’autant plus d’impact lorsque ce mobilier renverse les proportions, comme une table d’appoint figurant une gigantesque guimauve ou un lampadaire imitant une allumette XXL…
Ce jeu d’échelle particulièrement ludique accroche le regard dans un clin d’œil au monde du rêve – songez aux aventures d’Alice au pays des merveilles ! Les tableaux, céramiques et autres éléments à but purement décoratif constituent enfin une approche plus accessible pour créer ce décalage.
Chez soi comme sur scène
Puisque la poésie n’a d’autres limites que celles de l’imagination, l’habitation n’est plus seulement un lieu de vie, mais un espace de narration. L’éclairage, loin d’être accessoire, est là pour donner le ton : créer une ambiance feutrée, établir un point focal sur un élément ou un autre…
Bien choisies, les matières peuvent également plonger le décor dans une dimension lynchienne. On pense notamment au velours, dans un coloris profond, aux effets de miroir, aux papiers peints panoramiques et aux jeux de drapés qui, suspendus au mur ou au plafond, donnent dans le registre scénique.
Avec l’aide d’un architecte d’intérieur, cette théâtralisation de l’espace peut en outre intervenir dès sa conception.
Le logement peut par exemple comprendre des portes pivotantes presque secrètes, des niches à curiosités intégrées dans les cloisons ou encore des variations de niveaux qui modifient la circulation habituelle (salon en contrebas, estrade, etc.). L’aménagement suit alors sa propre logique, et tant mieux si celle-ci sort de l’ordinaire !
L’espace liminaire, quand le surréalisme confine à l’angoisse
Le concept d’espace liminaire trouve racine dans la culture internet de la fin des années 2010, très friande de vidéos « creepypasta », une version 2.0 des légendes urbaines. Il référence des lieux de transition imaginaires et dépouillés, qui procurent à la fois une sensation de familiarité et de malaise – en somme, un sentiment « d’inquiétante étrangeté ».
Piscines désertées, open spaces déroutants de symétrie : le résultat est surréaliste, certes, mais il tient cette fois plus du cauchemar que du rêve. Il reste donc à voir si, à la maison, le surréalisme et le minimalisme peuvent faire bon ménage…
